Histoire d'Eaux

Histoire d'Eaux par l'ASPA

Imagine-t-on, dans nos rutilantes cuisines équipées, qu’il n’y a pas si longtemps, avoir « l’eau sur l’évier » relevait d’un luxe sans pareil.

Et pourtant, c’est seulement à partir de la seconde moitié du XIX° siècle que, les avancées technologiques aidant,notamment l’invention de la machine à vapeur, l’on a commencé à rêver à « l’eau au robinet pour tous » ; encore ne s’agissait-t il pas de l’amener à l’intérieur des maisons. C’est l’époque, entre 1865 et 1900, en lien avec les grands travaux du Baron Haussmann, où la capitale se dote d’un réseau d’eau potable et courante, et où la plupart des villes réexaminent leur alimentation en eau.

C’est aussi l’époque où naissent les premières grandes sociétés de distribution de l’eau potable. Dans nos villages, on réfléchit à l’amélioration de l’approvisionnement en eau.

Anneyron possédait alors de nombreuses sources, tant à Bois d’Ay que dans le coteau de Saint Didier ; cette richesse fut l’objet de convoitises, notamment de nos voisins rambertois, et l’on a vu alors fleurir les actes notariés par lesquels de nombreux agriculteurs anneyronnais acceptaient, moyennant finances, de céder des « droits de fouilles » ou des « droits de passage » : ainsi Joseph Raymond Baboin, propriétaire-rentier, demeurant à Saint Vallier, qui possédait le Domaine des Granges à Anneyron, Louis Moreau de Bonrepos, propriétaire à Saint Rambert et Etienne Chabaud, de Roiffieux, propriétaire du Domaine de Coineaud*, entreprirent d’approvisionner le village de Saint Rambert et le hameau de Coynaud, en eau.

Et à Anneyron, dans le même temps, des droits furent vendus par des propriétaires demeurant à Bois d’Ay, à des anneyronnais dont la société alimenta longtemps le village et le quartier des Percivaux.

Des « syndicats » (terme qu’il faut entendre dans son sens premier de groupement de personnes pour la gestion d’intérêts communs) furent créés :

  • Syndicat des Eaux des Granges (1895).
  • Syndicat des Eaux de Saint Rambert et de Coinaud (ou 1ère société) (1877).
  • Syndicat des Eaux d’Anneyron (ou seconde société) (1878).
  • La première société a existé, (mais je n’ai aucune information à son sujet).
  • Les eaux des Percivaux.

et sans doute d’autres, que l’état actuel de mes recherches ne me permet pas d’évoquer ici. On sait cependant qu’il y eut des fusions successives de petites sociétés.

Les premiers actes notariés remontent à 1866 : d’août à octobre 1866, quatre propriétaires anneyronnais, MM. F. Champelay, F. Baron, J. Baron, F. Genthon, cèdent à M. J.R. Baboin qui avait alors préalablement obtenu « des autorités compétentes, l’autorisation d’établir des canaux, bourneaux, et tous autres travaux d’art, le long des différentes voies publiques et sur la ligne du chemin de fer de Paris à Lyon et à Marseille dans sa traversée de la route nationale, pour amener sur divers points de la Commune… les eaux qu’il a recueillies et pourrait recueillir ensuite des droits dont il est concessionnaire », des droits de fouille et de passages sur leurs terrains situés à Anneyron (quartier du Charpillon, La Valentinière, Les Percivaux).

M. de Bonrepos, en décembre 1866, avait, pour sa part, acquis les terrains de F. Sauvageon et de J. Trouillet, situés sous le coteau de Saint Didier. 

MM. Malins*, Pérouse et Servan*, ont cédé le 12 mai 1873, moyennant la somme de 3760 francs, 60 litres d’eau par minute sur les 123 litres qu’ils possédaient en commun, à une société représentée par MM Gouy, Barrin, Manin, et Joud, propriétaires rambertois, sur des terrains où, eux-mêmes, avaient antérieurement acquis des droits de fouille et de passage.

Les travaux, on l’imagine, ont été d’une ampleur colossale : pour la « 2ème Société des Eaux d’Anneyron, on possède le détail des heures et des fournitures payées à de nombreux « intervenants », et il convient de penser que nombreux furent les « journaliers » contents de venir s’employer à ces travaux. Pour les Eaux des Granges, certaines galeries portent encore les initiales des nombreux ouvriers qui y ont travaillé, et leur ampleur témoigne d’une vision grandiose.

Elles devaient permettre d’amener 260 litres d’eau sur sa propriété, et le bassin des Granges devait permettre le stockage et la répartition des eaux en direction du village de Saint Rambert. Leur ampleur a vraisemblablement entraîné la ruine de leur concepteur qui n’est pas parvenu à vendre autant de parts qu’il ne l’aurait souhaité.

La plupart de ces sociétés subsistent encore aujourd’hui, assurant soigneusement l’entretien de ces biens légués par nos ancêtres, dont les droits apparaissent dans nos actes de propriété.

Soulignons que parmi toutes les sources que possède la Commune d’Anneyron, il en est une qui recèle des dons magiques, et l’on y a longtemps conduit les enfants pour leur assurer une bonne santé : la source Saint Laurent.

 

*les variations orthographiques sont liées au respect des différentes orthographes retrouvées dans les divers actes ou textes.

ASPA (Andrée Auger-Verdier)

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